Mes parutions

JPDT

(J’ai Parlé De Toi)

Les Français, en principe, est un peuple chanceux et sans principe aussi. Comme on dit à Odessa, on aimerait bien vivre comme ça.

Une note d’un journal intime d’un mercurien envieux

Tout cette katavassia1 avec dédouchka Lepa2 se termina vite fait, mini crise de la conscience collective s’acheva sur une note joyeuse. La jeunesse française, ivre de bonheur puisqu’il avait une vraie cause à défendre, se jeta sur l’embrasure en votant pour la droite modérée. In fine Chiratchok était triomphalement réélu. Mais avant il y a eu toutes sortes des manifestations. Kouzma  assista à une d’elles puisqu’il y avait été invité. La raison de sa présence dans l’épicentre de cet évènement s’expliquait par son appartenance provisoire à une bande de pots dont le jeune et brillant chef était une star  incontestée déjà à cette époque. Dans la foule Kouzma ouvrait la bouche louchant sur ses voisins en faisant semblant de connaître les paroles de la Marseillaise. Automatiquement, il comparait cette fête joyeuse aux évènements de 1991 à Moscou. Le jeune et brillant artiste permettait de gagner un peu de sous aux plusieurs membres de sa bande et à Kouzma entre autre. Il lui faisait faire des rubriques sur la culture russe dans son émission radio télévisuelle, dont Kouzia n’a jamais vu ni entendu une seule édition.

Donc, voilà, quand toute l’Hexagone commença à trembloter à cause de tous ces cataclysmes comme un gelé sur une soucoupe, le bienfaiteur de Kouzma eut une riche idée de rassembler sur l’esplanade de Trocadéro l’intelligentsia parisienne afin de récupérer l’hymne national qui fut approprié pour le coup par la droite dur. Si qu’un avait voulu organiser un rassemblement de cette envergure quelques années auparavant, il lui aurait fallu des semaines de préparation, mais Kouzma comme tous les autres ait reçu son mail quelques jours en avant. Et oui, son protecteur n’était pas n’importe qui, Kouzma pensa même que s’il avait voulu il aurait pu réunir ses troupes au Louvre même, mais tout compte fait il décida sagement de le faire en plein air et le beau temps était au rendez vous.

Quand Kouzma, la gueule comme une pelle, se propulsa à travers deux cordons des vigiles dans une énorme salle avec des colonnes, il tomba illico  sur JPDT, l’abréviation de  « J’ai Parlé De Toi ». JPDT. Cet individu, pareil comme Kouzia, faisait dans la même émission des chroniques qui s’intitulaient « Les nouvelles du moulin », faisant allusion à son nom. Chaque semaine il visitait des expos et racontait ensuite devant le micro ce qu’il a vu, parfois c’était drôle. Ce jour là, il se déguisa comme d’hab en fou du village.  Les cheveux de paille au dessus des yeux bleus affairés, furent coiffés vers le haut et dans des directions opposées. Le corps d’un ado fut bien ajusté par un smoking fluorescent pardessus d’un tee-shirt délavé et estampié sur la poitrine « Nestor Makhno, cosaque libertaire 1888-1934 », plus bas un short orange et des bottillons jaunes jusqu’au demi mollets secs. L’âge ? Dans la bonne quarantaine. Son surnom  russe il connaissait, mais ne s’intéressait pas à savoir son signification. En embrassant Kouzma sur l’oreille il lui cria dedans  « Fille sur la terrasse à travers cette salle, les nôtres sont tous là bas ! ». Il ouvra la porte, poussa Kouzma à l’intérieur et  referma la porte derrière. Devant Kouzia s’étendit une salle avec un bar et pas mal de gens endimanchés. Les hommes furent de taille moyenne et d’une corpulence solide, cravatés, des vestes boutonnées  juste en haut à cause de bonpoint. Les dames et les filles en rose et blanc, certaines portèrent des chapeaux parsemés des fleurs, les garçons en pantalons et gilets sombres. Toute cette petite, mais compacte société se tassait autour d’un passage improvisé menant vers une terrasse noire du beau monde. Ca rappelait vaguement le festival de Cannes en miniature. Les gens regardaient Kouzma en souriant et commencèrent à applaudir, mais s’arrêtèrent net, en se retournant les uns vers les autres et en se demandant qui fut ce couillonnovitch  avec un sourire figé et la lèvre pendue à l’outrance. Des bruits derrière son dos, qu’on aura pu qualifier comme des aboiements ou des sanglots, fit sortir Kouzma de sa torpeur. Ce fut JPDT plié en deux dans une crise de fou rire. Du coup il se redressa, repoussa Kouzia et  traversa le passage en courant. Sur seille de la terrasse il attrapa une étoile montante la plus proche par le pan de sa veste en cuir et en pointant son doit chétif sur Kouzia a commença à lui raconter ce qui venait de se passer en mimant très bien la tête de Kouzia avec la lèvre pendue. « Il faudra un jour lui casser la gueule, quand même»- pensa machinalement Kouzia, sachant que c’est peu probable. Chaque fois après une saloperie de service, JPDT se jetait  l’embrasser, montrait l’insigne avec la tête de jeune Lénine épinglé sur son tee-shirt et se répandait sur son amour pour la Russie éternelle. Si Kouzia continuait à faire la gueule, JPDT lançait son dernier atout : « Hier j’étais en avant première  (il citait un nom d’une pièce ou d’un film) et j’étais assis à côté de (il donnait un nom connu), nous avons papoté entre autre au sujet de notre émission… ici  JPDT marquait une pause plein de signification…  et J’ai Parlé De Toi !», il appuyait ses paroles d’un regard grave. Au début Kouzma ne savait pas comment réagir, même si c’était vrai pourquoi JPDT faisait ça ? La probabilité qu’un producteur ou un réalisateur quelconque retiendra (et surtout pourquoi faire ?) un nom de Douplinsky, était aussi mince qu’une possibilité de tomber sur un guichetier sympa dans la RATP. Ensuite, en voyant la réaction du reste de la bande, Kouzia commença à remercier JPDT, de toute évidence son geste valut son pesant des cacahouètes.

La porte s’ouvra de nouveau et deux comiques très en vue, un mince et grand et l’autre de taille et de constitution moyenne, furent leur apparition. Alors tout rentra dans l’ordre, les gens endimanchés applaudirent avec enthousiasme, sans aucune ombre de doute. Deux bonhommes solides se détachèrent de la masse applaudissante et prirent les comiques sous les bras. Sans trop insister ils les trainèrent jusqu’à un couple dont la fille fut en longue robe blanche. Après avoir embrassés la fille les artistes furent relâchés et accoururent à la terrasse.  «Ah ! S’est dit Kouzia dont la vivacité d’esprit n’était pas la qualité première en remarquant des garçons avec des papiottes, mais c’est un mariage juif !» En ce moment là, il crut entendre sur la terrasse la voix énergique de son bienfaiteur et du coup une vague irrésistible des gens créatives en partance de la terrasse s’éparpilla dans le salon emportant tout sur son passage,  JPDT  avec l’étoile en cuir et les comiques avec Kouzia. Elle souleva tout ce petit monde le trimbala à travers l’immense salle aux colonnes et le jeta sur l’esplanade, où fut montée une grande estrade pour l’occasion devant une foule des spectateurs jeunes et impatients derrière les gradins. « Quand il a eut le temps pour organiser tout ça, encore une fois pensa Kouzma ». Les invités se tinrent sur l’estrade comme des flamands roses, d’un groupe soudé tachant d’être face aux caméras. Vous pensez bien, que pour un événement comme ça toutes les chaines de télé dirent présent. Kouzia aussi tordit le cou pour se retrouver dans le cadre, mais après avoir reçu un coup de l’objectif sur la tempe se vite calma. Un ténor fut rapatrié exprès de Londres où il était en tourné pour entamer l’hymne national. « Les amis, s’agita sur scène le bienfaiteur, descendez dans le publique, fraternisez avec!». Il fit signe et les policiers écartèrent les gradins pour laisser passer la famille de show bizness.  La foule  poussa un « Ahhhhhh ! » affamé. Les créatifs troublés firent deux pas en arrière sur scène. «Descendez les enfoirés, c’est grâce à eux qu’on existe, pour une fois… allez, arrêtez de chier dans votre froc ils ne vous boufferons pas… ». Bienfaiteur crachait les phrases à demi voix, la main avec micro derrière le dos. Rien à faire. Tout le monde chanta à sa place, mais bien et à quatre reprises, s’il vous plait. La dernière fut carrément top !

La foule commença à se dissoudre gentiment.  Le bienfaiteur de Kouzia avec son adorable productrice, que Dieux les donne de la santé, lui versèrent les cachets juste avant les évennements et Kouzia décida de se permettre un taxi. Il pensa à deux bouteilles de Bourgueil mises à l’ombre sous le lavabo dans sa piaule, à des goloubtsi‘s3 préparés la veille, à la sieste après le repas et son être couina de plaisir. Dans la foule il remarqua la tête ébouriffée de JPDT qui s’agita dans tous les sens en attrapant les gens et en les demandant de le ramener à la Bastille. Il n’y pas eut de volontaires.   Kouzia détourna la tête, plia les genoux et en crabe, tachant d’être le plus loin possible de la tourbillon créé par l’agitateur se faufila vers la sortie. « Eh, Kouzia, je te vois ! Si tu va à la Bastille en métro je t’accompagne !» « Blad4, se dit Kouzia, il m’a eu ! ». Il avait déjà pris le métro avec ce phénomène. Les notions comme « c’est gênant » ou « ça ne se fait pas » ne faisait pas partie de son vocabulaire. Dans le meilleur des cas il chuchotait de haute voix des potins dans l’oreille de Kouzia en lui crachant dessus et en le tapant tout le temps sur le genou, quand ils étaient assis. Quand ils étaient débout il le tirait toutes les trois secondes par la manche pour qu’il ne se déconcentre pas. Kouzia avait tout essayé, en position assise il frappait avec le coude les côtes maigrichons, débout il arrachait son bras et essuyait furieusement l’oreille plein de crachas, rien à faire c’étaient comme les goutes d’eau pour un marin. Mais il y avait pire, parfois la tête de JPDT se figeait, l’oeil devenait torve et absent et avec un sourire il baissait le pantalon  … Les caleçons il ne portait même pas l’hiver. Kouzia, lui disait à plusieurs reprises, qu’il avait de la chance de vivre à Paris, à Moscou ou à Tbilissi il n’aurait pas survécu. «Je prends un taxi », dit Kouzia désespérément. «Là, il va gueuler, l’animal », pensa Kouzia et ne se trompa pas. « Comment, comment ? En passant par la Bastille ? Ah, ah, aaaaahhhaaa ! Ah, Kouzia t’es qu’un ! Lâches-moi, le petit slip, vociféra t-il sur un mec qui du coup proposa de le ramener, tu ne vois pas? Moi Poutine en personne rammène en taxi!». Il commença à frayé le chemin vers Kouzia « Mais dis-moi, Kouzia, où t’as trouvé des sous pour le taco? T’as vendu un peu d’uranium ou ce sont les filles d’Ukraine qui te rapportent autant?» Autour de Kouzia la foule est devenu beaucoup moins dence. Le provacateur en botillons en profita et atrrapa Kouzma par la manche «Vous voyez comment vous êtes? Et ça s’appelle l’intelligentsia! Donc, un simple macro et jigalo ne peut pas être sympa juste parce qu’il est Russe? Vous n’êtes que des salles rassistes! Kouzia, Kouzia, ou tu cours comme ça? Atends un peu, on va leur péter les tronches pour la roussophobie primaire!». Kouzia monta déjà dans un taxi, quand la porte se reouvra et JPDT s’écroulà à côté de Kouzia. «Qu’es que t’as à tiré la tronche? J’ai craché sur un connard pour toi. A la Bastille, hurla-t-il sur le chauffeur!»

L’été venait de commencer à Paris. Comment il sera? Que celui qui connait la réponse ne dit rien, sinon c’est pas interressant.

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1 Agiotage.

2 Le grand père Le Pen

3 Le chou farci russe

4 Putin

On connaissait l’humour anglo-saxon, l’esprit gaulois, les histoires juives… Voilà le rire russe ! Absurdes, cruelles, irrésistibles, plus noires que le caviar et plus fortes que la vodka, ces histoires drôles venues du froid tracent de l’ex-empire soviétique un portrait criant de vérité et à hurler de rire.

« Les cinq parties du monde appartenaient aux grandes personnes. Elles disposaient de l’histoire, galopaient à cheval, chassaient, commandaient des navires, fumaient, construisaient pour de vrai, faisaient la guerre, aimaient, sauvaient, enlevaient, jouaient aux échecs. Et les enfants, on les mettait au coin. »

Infirmier-chef au service de chirurgie cardio-vasculaire de la  » Clinique n° 5  » de Moscou, Kouzia Douplinski se lia d’amitié avec le président Eltsine en 1992 et découvrit qu’il possédait à son répertoire un nombre incalculable de blagues tordantes. Grâce à des faveurs particulières – des injections discrètes de quelques centilitres de vodka dans la perfusion de Boris, dit-on -, il parvint à collecter ces perles sur son petit carnet personnel. L’ensemble a donné naissance à cet ouvrage. Toutefois, un léger doute subsiste sur l’origine de ces blagues, car Kouzia Douplinski, à l’instar de ses patients, possède une fâcheuse tendance à taquiner le biberon et à tenir des propos incohérents. Par conséquent, il nous est impossible de garantir à 100 % que les histoires présentées ici ont bien été racontées par Boris Eltsine. A la réflexion, il paraît même hautement probable que le président russe n’a rien à voir avec cette ¿uvre. Nous prions donc par avance nos lecteurs de ne pas s’aventurer à lire ces blagues à jeun. Na zdorovié !